Institutions

Musique de la Chambre

C’est l’un des services les plus importants de la Couronne, réunissant tous les interprètes nécessaires à la vie musicale de la Cour, tant pour l’ordinaire que pour l’extraordinaire.

Ses origines remontent à François Ier, qui choisit de différencier les divertissements intimes des musiques de parades et de cérémonies publiques.
Sous le règne de Louis XIV, la distinction Chambre-Chapelle-Écurie fut relativement aisée. Puis les frontières s’estompèrent progressivement jusqu’à la fusion des trois corps en un seul, décrétée en 1761 par mesure d’économie.
La Musique de la Chambre était placée sous l’autorité du Grand Chambellan, déléguant son pouvoir aux Premiers Gentilshommes. Ces derniers se retrouvaient de service une année sur quatre.
La gestion financière de la Chambre était assurée par les Secrétaires d’État : ceux-ci tenaient à jour les états de paiement du personnel.

À la tête du corps musical se trouvaient deux Surintendants, deux Maîtres de Musique et deux Compositeurs, servant tous par semestre. De par son statut, le Surintendant était le véritable maître de la musique royale profane ; il avait la mainmise sur la programmation musicale de la Cour et administrait le budget dédié à la musique au sein du département des Menus-Plaisirs. À ses côtés se trouvait un Maître de musique responsable de l’éducation des pages de la Chambre, qui pouvait également seconder – voire remplacer – le Surintendant dans ses fonctions. Le cumul des charges permettait de retrouver à ce poste les mêmes personnalités. Le personnel musical de la Chambre regroupait des chanteurs (hommes et femmes), des pages, les Vingt-quatre Violons, les musiciens du Cabinet (luthistes, violistes…).

La Chambre permettait des formations modulables à souhait : elle pouvait fournir des concerts de solistes ou des ensembles vocaux et instrumentaux pour les concerts d’appartements, ou des formations plus importantes pour les divertissements, les bals, les ballets, les comédies et les opéras.

Tout au long du XVIIIe siècle, la Musique de la Chambre ne cessa de croître jusqu’à devenir aussi importante, sinon plus, que celle de la Chapelle. Face à ce phénomène, Louis XV fit paraître un édit en 1761 visant à réduire le personnel en fusionnant les corps de musique de la Chambre, de la Chapelle et de l'Écurie. Malgré la suppression notable d’artistes rémunérés par les Menus-Plaisirs, cette réforme complexe engendra de nouveaux problèmes. En 1782, un second édit signé par Louis XVI acheva de restructurer la Musique royale, en ne conservant à Versailles que les musiciens chargés des offices religieux, et en confiant l’ensemble des spectacles de la Cour aux personnels des théâtres parisiens (Académie royale, Opéra-Comique, Comédies françaises et italiennes).

Au-delà des difficultés inhérentes à une institution aussi lourde, il convient de souligner la qualité et l’homogénéité artistique dont ce corps de musique pouvait se prévaloir, obtenues notamment par la vie presque communautaire d’une partie de ses membres. Les réformes de 1761 et 1782 lui furent fatales.

[Benoît Dratwicki]