Institutions

Musique de la Chapelle

Des différents corps de musique de la Cour, la Musique de la Chapelle, de loin la plus sollicitée, exerçait son art lors des nombreux offices hebdomadaires.

Son origine remontait aux premiers rois mérovingiens et, malgré une nécessaire adaptation aux pratiques religieuses successives de la Cour de France, sa destination n’évolua que très peu. Après la Révolution, elle fut d’ailleurs le seul des trois corps de musique à renaître de ses cendres : sous la Restauration (1815-1830), des artistes comme Cherubini, Lesueur ou Plantade, purent encore s’y signaler. Placée sous l’autorité administrative du Maître de Chapelle, haut dignitaire de l’Église, et de deux puis quatre Sous-Maîtres (entre 1683 et 1761), composant les motets et dirigeant les exécutions, la Musique de la Chapelle réunissait à la fois des ecclésiastiques affectés à la récitation du plain-chant, et des musiciens profanes interprétant messes en musique et motets.
Parmi les instrumentistes, les organistes pouvaient s’enorgueillir d’un prestige tout particulier. Seuls des hommes avaient le droit de se produire en la Chapelle du roi : il fallut attendre la fin du XVIIe siècle pour que des femmes puissent rejoindre les rangs de ce corps de musique.

L’effectif de la Musique de la Chapelle ne cessa d’augmenter au cours des siècles : si les messes données à la chapelle royale installée à l’emplacement actuel du Salon d’Hercule (1682-1710) réunissaient un petit ensemble vocal accompagné de quelques instrumentistes seulement, le déménagement dans la grande chapelle de 1710 s’accompagna d’un élargissement considérable des effectifs jusqu’à atteindre, vers 1780, un centaine d’exécutants.

Au XVIIe siècle, l’évolution de l’écriture figea le chœur de la Chapelle dans un dispositif vocal unique en Europe, à cinq parties : si la même manière exista un temps pour l’orchestre, elle disparut dès les années 1720 tandis que la Chapelle maintint cette spécificité jusqu’à la Révolution. Les dessus (réunissant Pages, voix de faussets puis – à partir du règne de Louis XIV – castrats et dessus féminins) étaient soutenus par les hautes-contre, les tailles, les basses-tailles et les basses. La polyphonie complexe que permettait cet ensemble fut abondamment utilisée au XVIIe siècle et au début du siècle suivant dans les grands motets, genre pratiqué par tous les Sous-Maîtres depuis Robert et Du Mont jusqu’à Giroust et Gauzargue. Passées les années 1760, l’écriture à quatre parties prit peu à peu le dessus, tandis que l’orchestre se modernisait : peu avant 1770, Blanchard introduisit notamment le cor et la clarinette dans ses ouvrages.

Tout autant que la Chambre, la Chapelle savait s’adapter à toutes les contingences : accompagnant le monarque dans ses voyages, elle pouvait se réduire à moins d’une dizaine d’interprètes. Pour de grandes solennités – sacres ou mariages – elle se voyait au contraire renforcée par des musiciens de la Chambre, de l’Écurie, de l’Académie royale de musique ou de surnuméraires occasionnels, et rassemblait alors des forces impressionnantes de plus d’une centaine d’exécutants.

[Benoît Dratwicki]